On n’échappe pas aux élections à nouveau cette semaine. En Afrique australe, après le Botswana et l’île Maurice où les partis au pouvoir ont été sévèrement battus, c’était au tour de la Namibie d’organiser des élections générales le 27 novembre dernier. Des élections considérées comme les plus incertaines de l’histoire politique de ce pays administré par l’Afrique du Sud du régime de l’apartheid jusqu’au 9 février 1990, date de l’indépendance de la Namibie. Le parti qui a lutté pour l’indépendance, la Swapo (South West Africa People’s Organization), n’a jusque-là jamais été menacé de défaite aux élections. Il n’y a plus de certitude cette année.
La candidate à la présidentielle de la Swapo et actuelle vice-présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah, pourrait être contrainte à un second tour par l’opposant Panduleni Itula, dissident de la Swapo et candidat du Parti des patriotes indépendants. Un des pays les plus inégalitaires au monde, la Namibie est le troisième producteur mondial d’uranium depuis 2022 et pourrait surtout devenir un grand producteur de pétrole à l’horizon 2030. Peuplé de 2,5 millions d’habitants, la Namibie disposerait de réserves offshore d’environ 11 milliards de barils. On n’en est pas encore là. À cause d’une forte participation et d’une mauvaise planification de la commission électorale, le vote a été prolongé de deux jours dans certaines localités, jusqu’à ce samedi 30 novembre.
Mais je voulais surtout vous parler des élections générales attendues dans un pays d’Afrique de l’Ouest, le Ghana, le 7 décembre. Avec 34 millions d’habitants estimés en 2024, le Ghana est le deuxième pays le plus peuplé de la région, loin certes derrière le Nigeria, et la troisième économie d’Afrique de l’Ouest juste après la Côte d’Ivoire, ces deux pays étant en réalité proches aussi bien sur le plan de la taille démographique que de la taille et de la structure économiques.
Lorsqu’on parle des perspectives politiques et économiques de la CEDEAO, et on en parle beaucoup en ce moment, alors qu’approche la date de la confirmation du départ du Mali, du Niger et du Burkina Faso, il faut bien comprendre que ces perspectives dépendront beaucoup de la volonté politique, de la clairvoyance et de la conviction des dirigeants du Nigeria, du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Les enjeux nationaux mais aussi régionaux des élections de la semaine prochaine au Ghana et de celle de 2025 en Côte d’Ivoire sont donc particulièrement importants. Ces deux pays sont aussi des voisins immédiats du pays sahélien dont la situation sécuritaire est la plus angoissante, le Burkina Faso.
Comme pour toutes les élections présidentielles en Afrique de l’Ouest, WATHI a mis en ligne un dossier sur le Ghana, avec des documents choisis sur le contexte dans différents domaines, les biographies des douze candidats, dont une seule femme, et les points clés de leurs programmes. Il ressort clairement des analyses sur l’évolution politique du pays au cours des dernières années que le Ghana, si souvent donné en exemple de démocratie convaincante en Afrique de l’Ouest et sur le continent n’échappe pas à la perception d’une fragilisation de ses institutions.
Les résultats de la plus récente enquête d’opinion de l’institut Afrobaromètre au Ghana, publiés dans une note datée du 7 mars 2024 sont explicites : « Alors que 84% des Ghanéens estiment que les élections sont le meilleur moyen de choisir leurs dirigeants, seul un tiers des citoyens (33%) déclare faire « assez » ou « beaucoup » confiance à la commission électorale, ce qui est le niveau de confiance le plus bas observé depuis plus de 20 ans. Depuis des mois, la neutralité de la commission est mise en cause par les partis d’opposition et par des organisations de la société civile. Les institutions judiciaires ont aussi mauvaise réputation. Un article publié le 4 novembre dernier par l’Institut d’études de sécurité estimait que « les perceptions répandues de partialité politique au sein de la Cour suprême menacent le processus démocratique » et rappelait qu’une écrasante majorité des Ghanéens (97%), selon un sondage, considérait que les juges et les magistrats étaient corrompus.
Les élections parlementaires et présidentielle du 7 décembre seront donc un test majeur pour la solidité de la démocratie et de l’État de droit au Ghana dans un contexte économique et social difficile. L’économie ghanéenne a été confrontée en 2022 et 2023 à la pire crise financière qu’elle ait connue depuis des décennies, avec un taux d’inflation qui avait atteint 54,1 % en décembre 2022, le niveau le plus élevé en 21 ans. Le bilan du président Nana Akufo-Addo qui achève son second et dernier mandat est au mieux mitigé. Son vice-président pendant huit ans, Mahamudu Bawumia, candidat du New Patriotic Party (NPP) à la présidentielle, espère empêcher le retour au pouvoir de John Mahama, candidat du National Democratic Congress (NDC), qui a présidé aux destinées du Ghana de 2012 à 2017.
D’élection, il sera encore question sur la plateforme de WATHI le 5 décembre. Nous organisons en partenariat avec la fondation Konrad Adenauer une table ronde virtuelle sur les enjeux de l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire. Rejoignez-nous, partagez cette information autour de vous et découvrez la page dédiée aux élections au Ghana sur le site internet www.wathi.org.